Au Justine's

Au Justine's

Ca sent la fin de voyage. La fatigue prend les muscles et l’esprit comme le crocodile sa proie. Un croc et une jouissance de la souffrance. La victime meurt noyée, coincée au fond, dans  la vase, entre deux rochers. La chair devient faisandée. En tout cas c’est le (dé)goût que je m’en fais. Itou pour la fatigue. Y’a des jours où on est bien calé. Genre au Justine’s. Un resto-guinguette perdu au fin fond d’une zone industrielle. Mais c’est loin d’être la zone. Au contraire. Y venir ça se mérite, se taper trois mille miles, avoir suinté, peu et mal dormi, sur une moquette miteuse, sur un sofa qui décida de ne jamais s’ouvrir et dont la barre métallique (oui, c’est étrange, pas de bois mais du bon vieil acier) vous façonne le dos, une nuit dans une voiture devant un casino alors que le jour était à peine levé,  la chaleur nous faisant suffoquer dans l’habitacle bien sale d’une Dodge Caravan, dont cette dernière qualification n’était qu’une étiquette. Et ouais pour toutes ses souffrances, le Justine’s était notre purgatoire. L’endroit laid back.

Lady's restrooms

Ladies restrooms

Les patrons, Pierre, un bluesman Français arrivé il y a vingt ans, et sa femme, Justine, photographe américaine. Le couple baroude,vit dans de superbes trailers couleur inox, écoute de la bonne, très bonne musique, attend un enfant. Et comme Sainte-Rita veillant sur les causes perdues, Pierre et Justine, eux, nous ont pris sous leurs ailes. Le tartare, la partie de pétanque, les cocktails, les danses, les discussions, les rigolades ont été appreciated. Pour nous ils étaient nos saints. Quoi de mieux que de leur rendre hommage avec une série emprunte d’une belle lumière à la Caravage (l’auteur de ce post n’en est pas trop sûr, il lance le débat, et comme la Barack est web 3.12, la suite dans les comments). Celui qui mena une vie dissolue près de Milan au XVIème siècle ne disait-il pas qu’il avait trouvé la rédemption de ses turpitudes dans la peinture. Itou pour nous au Justine’s.

P.S : Ce post a été écrit, et édité après 18 heures de voiture entre Austin et Chicago, 1800 km parcourues. Merci pour votre indulgence.

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Crocodiles, baby.

25 septembre 2009

Franchement, le jazz, c’est surfait à la Nouvelle-Orléans. Alors que le rock, le bon, celui qui mouille le torse et la frange, fait sentir le poney, ça c’est du sujet coco. Et les Crocos, balancent du lourd. Les deux historiques du groupe Brandon (oh my godness, c’est chaud et pas franchement quali – pour qualitatif) Welchez et Charles Rowell se sont connus dans un bar de stripteaseuses à San Diego. Ils vivent encore dans leur Californie natale, habitent désormais dans une communauté anarchiste.

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Les Crocodiles, en concert, on attendait ce moment depuis au moins deux mois. Voir les Crocodiles le 22 septembre au One Eyed Jack’s à la Nouvelle-Orléans, on trempait notre culotte, on criait intérieurement, comme des fans-midinettes. La date était inscrite sur le Moleskine rouge. On en salivait. On savait qu’il y aurait zéro déception. Les auteur de « I Wanna Kill » et « Neon Jesus » devaient apporter un moment de vérité sur scène. For sure. Car comme disait Mick, la scène, c’est la vérite du rock. Si t’envoies pas du beau bois, reste à la maison, et occupe-toi de bobonne.

Au One Eyed Jack’s, le flip Elvis t’attend. Le chanteur de The Horrors, tête d’affiche dont on se fout, fait la moue sur un sofa noir. Traits tirés, visage défait, en état de dépression avancée, il sait intérieurement que les Crocodiles feront oublier pour bien longtemps The Horrors. Quelques parties de flip, un peu de bourbon, il est temps d’entrer dans la salle. Ambiance rouge sang, et 75 personnes, seulement, pour écouter un groupe qui a tout pour devenir un band de légende. Des larsens partis de loin, et Charles qui apparaît. Brandon, chemise rouge à motifs indistinctifs, et veste noir le suit. Et saisit le micro. S’ensuivent 25 minutes de pur plaisir. Ce fut court mais intense. Comme des gosses, on vous dit.

Soft Skull, Crocodiles, One Eyed Jack’s, Nouvelle-Orléans, 22 septembre 2009, vers 23h.

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Un son arraché de toute beauté. Brandon fait un petit tour dans le public, embrasse un homme sur les lèvres au travers de son tambourin, récupère sur son passage l’un des co-blogueurs qui immortalise ces 25 minutes de bonheur. Debout sur scène, le mic dans la bouche de Brandon. Une interview suivit. Autant vous dire que ça sentait bon. Enfin, bon comme le bourbon.

Ca devait partir en vrille. Maktoub. Après un réveil matinal, nous nous faisions une joie d’aller sur les terres de Dolly Parton. Et là, c’est l’échec. Notre hôte coachsurfer nous appelle de son travail, car elle est encore plus matinale, pour nous dire : « Dollywood est fermé le jeudi ». Quelle idée de fermer un jeudi.

Un léger spleen, vite compensé par l’humour de groupe.

A écouter.

Pour tous ceux qui n’ont pas le plaisir de connaître l’univers de la chanteuse country, voilà un petit aperçu (www.dollywood.com).

Forte de cet échec initial (we live and learn, hey), la folle équipée se mit en quête d’un sujet de substitution. La méthadone journalistique devait nous être administrée quelques instants plus tard, au bord d’une autoroute commerciale dont Oncle Sam a le secret. Un piquet de protestation dont Oncle Sam a le secret. Deux demi-vieux, demi-obèses, dont Oncle Sam a, là encore, le secret. Petit cachotier. Nos deux activistes senior nous font passer un tract. Conflit de travail. L’employeur de l’hôtel d’en face ne fournit pas d’assurance aux salariés. Et en plus, il y a des bed bugs plein les lits. Dégueu.

JCF par GBA

Partis à la recherche d’un sujet que nous ne pensions jamais trouver, nous touchions enfin au but. Quand soudain, IL apparut. Lui. Futal de survêt blanc moulant, T-Shirt col V bleu taille XS. Pectoraux dehors. Frédéric (« pas Fred, hey mon nom c’est Frédéric, ok? »), coach mental et physique. « Parce que le corps, la tête, les deux sont together, ensemble, ok? ». Un Français arrivé aux Etats-Unis il y a 17 ans pour prodiguer sa médecine de gourou. Ainsi nous fit-il une démonstration gratuite de ses talents.

JCF par Coco #1

Juste pour vous, sans prescription (« L’insurance, c’est un choix personal pour les individual, ok? »), quelques échantillons : « Etre normal, c’est bien, c’est normal. C’est être malade qui est pas normal, ok. » « Mon boulot? Médecin de la conscience. » « C’est blanc ou noir, tu vois, y’a pas de grey, de gris. » « Le ciel, c’est toujours bleu. Mais il y a des nuages. » « Tu dois écouter ton coeur. C’est la vérité. C’est vrai ou c’est faux, y’a pas de degrees dans la vérité ». « Tu croises tes bras. Tu vois? Pourquoi tu fumes? C’est pour ça. Détends tes épaules. Tu restes sur ton pied gauche? C’est parce que t’es tourné vers le passé, ok? » « Y’a pas de hasard, ok? Tu me donnes ton briquet? » « Il faut que tu sois un canvas, une toile. Tu dois devenir une toile vierge. To catch, pour attraper les couleurs. Et là tu te sens bien. Et c’est bien, ok? »

JCF par Coco #2

Une séance pleine d’émotions au cours de laquelle chacun des co-blogueurs en apprit sur son passé et son futur. Manque de reconnaissance dans son enfance. Grand leader en devenir. Homme de sagesse. Pour tout cela, Frédéric, Merci ! et on te fait un hug. (« I don’t shake hands, ok?)

JCF par Coco #3

On the blog again.

11 septembre 2009

Chicago

Tout part d’une image qui s’évanouissait dans la neige.

Chicago à nos pieds, et une tristesse que l’on devinait.

Neuf mois après, de l’eau a coulé sous les ponts comme dirait une certaine Evelina, adepte des Pré-Socratiques. Neuf mois après donc, nous revenons dans la ville qui nous a fait palpiter, nous sommes à ses pieds, une élection historique est passée, et l’homme providentiel n’est toujours pas là.

Evelina

Point de tristesse, mais un sentiment de déjà-vu. La crise a grignoté notre quartier, entre le Portoricain et l’Ukrainien. Les panneaux « foreclosure, etc » se multiplient. Les quartiers dévastés de l’an dernier de Détroit ne se retrouvent pas à Chicago, mais la crise est là. Elle se voit.

Mais neuf mois après, la tristesse s’est évanouie. Pas de joie, mais une impression de ne pas être partis. Nous sommes ici, chez nous. La plus belle ville d’Amérique, que nous défendons. Oui, New-York, ça suinte le bling-bling. Chicago respire l’impureté.

La Barackafrites était en veille. Nos retrouvailles auront mis quelques jours, le temps de savourer entre amis le Chicago (prenez vos plus belles vodkas, et mariez-les avec vos bières les plus rudes), revenir tard dans la nuit au Lorrain’s Dinner, puis tôt le matin au Saucer Diner. Entre-temps, on aura papoté de tout et de rien, bu plus qu’il n’en faut avant de tâter les premières lueurs, signer une pétition avec une chrétienne environnementaliste…

Bientôt la route

BULLSHIT, on arrête la palabre. Chicago est trop présente. On balance tout, et on repart. Ce qui nous manquait le plus, c’était l’asphalte. Le blablabla ne vaut rien à l’instant, on repense à la gueule de Denis Wilson dans Macadam à deux voies. Si vous voulez une petite idée de ce qui fait l’alchimie de ce redémarrage, que l’on espère en trombe, de ce bloug plus que jamais fumeur, voilà, c’est cela : nos tronches béates et pensives à la Denis Wilson. Dans l’aventure, un nouveau venu. Appelez-le Coco.

crew

Bonjour Tristesse

7 décembre 2008

chicagotop

Le lendemain de 26 heures de route entre Albuquerque et Chicago. La mélancolie nous gagne. Dans quelques jours maintenant, nous quittons la ville aux briques rouges. On ne sait plus quel écrivain Français décrivit New-York comme la ville debout. Mais c’est faux. En partie. Car de la Hancock Tower, gratte-ciel stylé, la ville, le loop, le quartier financier se tient droit, fier, les pieds dans le magma lumineux. Nous, un verre de Côtes du Rhône dans la main, restons devant cette vue. Observant les variations de lumière, ne pensant à rien d’autre que cette ville. Le temps passe lentement, c’est ce que nous attendions. Rester le plus longtemps possible devant les baies vitrées, faire en sorte que Chicago reste là, devant nos yeux, et ne s’évanouisse pas.

VARIATIONS LENTES SUR CHICAGO.

Musique : Love Will Tear Us Apart, par José Gonzales, reprise de Joy Division.

Bah, voilà, on est de retour. Ces trois semaines de route 66 furent épiques. Après l’avoir retrouvé sous la neige, Chicago va nous manquer. Pourquoi? Pour l’un des coblogueurs : « pour ses briques, franchement, elles sont plus belles que celles d’Hénin-Beaumont ». Et pour l’autre coblogueur : « son mood ». Quant à Jean Vacances, il n’a pas tenu le choc, il est déjà rentré.

THE LAST VIDEO BUT NOT THE LEAST

Woke up this morning, Alabama3, générique des Sopranos.

Roméos à Joliet, Illinois, avec Taï, le routier Davy Crockett Taïwanais-Américain. Retour sur la route 66, -40 miles, environ 7000 kilomètres.

Errance, errance. Plus de 24 heures de route, de remontée vers l’Illinois. Le temps se dégrade, les températures baissent, et il faut rencontrer du beau monde. Ca s’est joué sur une aire d’autoroute. Taï a bien voulu prendre en stop l’un des coblogueurs pour le grand malheur des deux autres.

VIDEO A LO GRANDE

P.S : Bad news from the stars, de Serge Gainsbourg, et Close to me, des Cure

Macadam à une voie.

28 novembre 2008

Choses vues au cours de quinze heures de route. Trop fatigués pour aligner plus de trois phrases. Ce soir, on se pète la panse pour notre premier Thanksgiving avec un couple Mexicano-Indien-Américain, à Albuquerque, Nouveau-Mexique.

Ligne blanche.

Ligne blanche.

La Ca-li-for-nie en chantant.

La Ca-li-for-nie en chantant.

On the road again.

On the road again.

Demain est un autre jour.

Demain est un autre jour.

P.S : le grand jeu concours sur San Flou Cisco (post précédent) continue. Chers lecteurs vous êtes à l’image du peuple Francais. Mou donc. Réveillez-vous et laissez votre commentaire sur la photo de votre choix. Sinon on vous kicke votre ass.

Sur le pont.

27 novembre 2008

On s’ennuyait, alors on s’est assis sur le pont, le Golden Bridge, qui n’est pas doré, mais couleur rouille.

Petite vidéo pour ceux qui s’ennuient au boulot, dans des bureaux ternes ou dans des open spaces obscures.

Enjoy.

B.O : MGMT, Weekend Wars.

San Flou Cisco

26 novembre 2008

San Francisco, Saint Francis de Californie.

golden-gate

L’ultime limite occidentale de notre voyage. On fantasmait sur l’Océan Pacifique, le voir était une première pour deux d’entre nous. Quelle déception. Une écume fade, un sable tout moche. « Alors, c’est ça l’Océan Pacifique? »

Pour la première fois, on se retrouve comme de vrais touristos dans San Francisco. Un sentiment d’être complètement étrangers à San Francisco. Même le Golden Bridge nous est quasiment indifférent. Seule consolation : rouler à tombeau ouvert dans les rues-montagnes-russes de cette ville dégingandée. Les hippies ont le don de nous énerver. Trop perchés.

Un sentiment de solitude nous envahit. Vivement le retour sur la route 66, direction Albuquerque pour rencontrer un photographe hors-du-commun, tiraillé par le surréalisme et la beauté de l’étrange, Joel Peter Witkin.

A

A

B

B

P.S : deux des coblogueurs ont quand même traversé les Etats-Unis, et vu les océans Atlantique et Pacifique. Belle perf’.

GRAND JEU CONCOURS

Nous n’avons pas réussi à nous départager sur le choix de ces flous noir et blanc. Comme on vous trouve un peu mous en ce moment sur les commentaires, à vous de trancher. Laissez votre choix (A ou B) en commentaires, si possible en étayant sur le pourquoi du comment. L’auteur du commentaire le plus pertinent gagnera un tirage gratuit de la dite photo. Nous, on est grand seigneur, on n’est pas comme Mediapart-Vu qui propose des tirages à 250 euros. On espère que le conseil de la Barackafrites arrivera à vous départager. Seul hic : il faut 42 voix minimum d’écart, sinon, l’un de mes plus proches lieutenants Manuelo Vallito menace de saisir la justice pour fraude dans ce grand jeu concours, tout à fait ridicule.