Vous reprendrez bien un peu de Bourbon

22 septembre 2009

La loi du hasard et de l’homo touristicus.
La rue Bourbon est la plus fréquentée de la Nouvelle-Orléans. Impossible d’y échapper. Des strip clubs, des vendeurs de hot dogs, des bars aux boissons aux prix prohibitifs, des groupes de jazz plus mauvais que les originaux, des saoulards et des hordes de visiteurs. Ils sont tout autant une carte postale que ce quartier Français, petit trésor préservé, et le plus arpenté de la ville. Derrière l’image que l’on se fait du touriste en short, chaussettes remontées, appareil vissé autour du cou, ces Américains et ces étrangers attirés par la beauté des lieux n’ont certainement rien du cliché à la Martin Parr. L’image qu’ils renvoient empêche souvent de briser le miroir. Loin de nous la prétention de faire une sociographie de la rue Bourbon. Juste un jeu, car la Barack est joueuse : installer un studio photo portatif. Il est 23 heures, la nuit s’annonce suintante et criarde. Convaincre alors des passants de faire un détour par notre chez nous ambulant. Un clac et une question : dites-nous ce que vous avez fait aujourd’hui. Question très banale, mais le diable ne se cache-t-il pas dans les détails? Et dans la ville du vaudou et des diseurs de bonne aventure, on se prend au jeu. Ou pas.

01

X

Celle qui joue justement avant de se défausser.  Cette jeune femme, très jeune certainement. Son état d’ébriété avancé l’avait convaincue qu’elle pouvait sans vergogne faire sa starlette. Ou pas. Les choses se compliquent quand il s’agit de parler et de répondre à une question, la stratégie de la fuite fut appliquée à la lettre. Cette blonde à la robe verte et au verre d’un jaune fluo vulgaire paniqua. Pressa ses amis de la suivre, et à nous éviter à tout prix. « Non, non, non, je ne veux pas répondre, on s’en va, on s’en va ». La belle s’en alla. Nous la retrouvâmes quelques heures plus tard. Le vert de sa robe avait perdu un peu plus de sa superbe.

02

Ernestine et Félix

Félix et Ernestine. A la Nouvelle-Orléans pour le week-end. « C’est la deuxième fois que l’on vient ici. Nous vivons à Houston au Texas, nous revenons à la Nouvelle-Orléans car l’ambiance est bonne pour se détendre quelques jours. On s’est réveillés ce matin, on s’est alors baladés, avant de visiter les bars gays. Puis fait du shopping, acheté des cadeaux pour nos quatre filles et nos trois petits-enfants. On s’amuse vraiment bien dans le quartier français ».

03

Omar

Omar, 25 ans, officier de police à la Nouvelle-Orléans. Journée off, vient à Bourbon pour prendre du bon temps avec ses deux amies restées hors-champ.
« Je n’ai pas quitté mon lit avant 15 heures, puis j’ai mangé des tacos, promené mon chien, regardé la télé, vu des amis, un dîner sushi, et maintenant je suis là. Voilà pour ma journée ».

04

Diego

Diego est originaire du Honduras. Il vit depuis neuf ans aux Etats-Unis. Travaille en Floride comme maçon. Ne parle pas un mot d’anglais, et comme notre espagnol est plus qu’approximatif, l’interview fut brève. « Je me suis amusé et je me suis un peu bourré la gueule, j’adore la Nouvelle-Orléans, je suis venu avec un ami en vacances, et je ne regrette pas mon choix ».

05

Jodie et Tommy

Tommy et Jodie, 29 et 27 ans, mariés. Pour le premier, depuis trois ans.
Madame rectifie : « quatre ans mon chéri. »
Monsieur intervient : « Non, ça ne fait pas encore quatre ans. »
Madame, petit sourire forcé : «  exact, chéri. »
Monsieur : « Oui, j’ai toujours raison », dans un éclat de rire étouffé.

Jodie vivait à Nouvelle-Orléans, avant d’être évacuer dans l’Oregon après l’ouragan Katrina. C’est dans cet Etat du Nord-Ouest qu’elle a rencontré Tommy. Ils sont alors redescendus à la Nouvelle-Orléans, se sont installé, réinstallée avant de déménager il y a deux ans. Monsieur est le premier à parler. « Après un réveil matinal vers 9 heures, oui pour moi 9 heures un samedi c’est tôt. Je suis allé chercher ma mère et ma soeur à l’aéroport. Elles arrivaient de l’Arizona. Aujourd’hui c’est l’anniversaire de ma soeur. On devait les retrouver ce soir. On les cherche encore. Et on va errer sur Bourbon cette nuit ». Pendant ce temps Madame, Jodie, raconte qu’elle est restée à la maison pour faire un grand ménage. Point barre.

06

Capitaine Eric

« Je suis le capitaine Eric du quartier Français. J’ai escorté les sorcières. Comment pourrais-je me décrire ? Je suis un homme simple, un canonnier ». On ne saura jamais sa véritable identité. Capitaine Eric repartit après avoir raclé le fond de sa gorge.

07

Cassie et Scott

Cassie et Scott, 24 ans, infirmière et mécanicien, tous deux habitent dans le Kansas. A la Nouvelle-Orléans pour « take a break from things ». Ici pour trois jours. Et trois nuits passées au Sheraton.
« On s’est réveillés à midi. On est restés au lit [rires de Cassie]. On s’est ensuite promenés, puis on a mangé dans un restaurant de fruits de mer, et on s’est encore baladés comme des amoureux le long du Mississippi, avant de s’engouffrer dans un parc de la ville. On s’arrêtait souvent car il ne peut pas marcher trop longtemps [nouveaux rires de Cassie]. On a observé des artistes de rue et fait un tour en calèche. On a dépensé à peu près trois cents dollars dans la journée ».

08

Andrew

D’une voix légèrement perchée, Andrew vous scrute d’un regard perçant : « Levé à 8h30 et demi du matin. Je me réveille toujours de bonne humeur car je sais qu’un expresso m’attend. Comme chaque jour, je lis ensuite. Ce matin ce fut quelques pages de A Fable de William Faulkner, et un chapitre d’un livre philosophico-religieux, Le Sens Premier. J’ai alors repris un café. Est arrivée l’heure du déjeuner. Ce fut un brunch avant de faire un 18 trous. Partie de golf suivie d’une marche. Je suis alors rentré chez moi. Je me suis fait un cocktail. En cette période de l’année, où le climat est chaud et humide, j’ai opté pour la vodka tonic et deux tranches de citron, avant de partir pour un dîner au restaurant Gare à toi. J’ai pris des huîtres, des brochettes, du crabe maison. Le tout arrosé de vodka martini avec des olives incroyables et un zest de citron vert. Pardon de citron. Et maintenant je me dirige vers le Maroni pour écouter du jazz avant-gardiste, et plus particulièrement un groupe que je suis depuis quelques temps ». Andrew Scott s’en va donc pour son concert, et nous quitte avec un « God Bless You ».

Alors vous en reprenez du Bourbon?

Faites commes vous voulez, mais nous, on va s’en jeter un petit.

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5 Réponses to “Vous reprendrez bien un peu de Bourbon”

  1. Bajo said

    Belle galerie de portraits ! Thx guys !

  2. billy paul said

    Elle est bleue la robe de la blonde, non ? Apres tout, peu importe… L’essentiel c’est qu’on y soit avec vous dans cette foutue rue bourbon.
    On s’y croirait meme en consultant ce blog depuis un salle de gammers tout au sud de la coree du sud.
    Magnifiques portraits. Merci les gars !

  3. Sylrider said

    Bonne ribambelle de portraits : un bon début et une bonne fin. Ca fit du bien de voir des gens sur ce blog et quils nous parlent un peu ! Ca les rendrai presque vivants, tiens… 😉

  4. isa said

    Merci les gars, belle démarche et beaux portraits!
    J’en prendrai bien un petit avec vous moi, … de bourbon.

  5. gui said

    andrew est juste parfait

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