Macadam à une voie.

28 novembre 2008

Choses vues au cours de quinze heures de route. Trop fatigués pour aligner plus de trois phrases. Ce soir, on se pète la panse pour notre premier Thanksgiving avec un couple Mexicano-Indien-Américain, à Albuquerque, Nouveau-Mexique.

Ligne blanche.

Ligne blanche.

La Ca-li-for-nie en chantant.

La Ca-li-for-nie en chantant.

On the road again.

On the road again.

Demain est un autre jour.

Demain est un autre jour.

P.S : le grand jeu concours sur San Flou Cisco (post précédent) continue. Chers lecteurs vous êtes à l’image du peuple Francais. Mou donc. Réveillez-vous et laissez votre commentaire sur la photo de votre choix. Sinon on vous kicke votre ass.

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Sur le pont.

27 novembre 2008

On s’ennuyait, alors on s’est assis sur le pont, le Golden Bridge, qui n’est pas doré, mais couleur rouille.

Petite vidéo pour ceux qui s’ennuient au boulot, dans des bureaux ternes ou dans des open spaces obscures.

Enjoy.

B.O : MGMT, Weekend Wars.

San Flou Cisco

26 novembre 2008

San Francisco, Saint Francis de Californie.

golden-gate

L’ultime limite occidentale de notre voyage. On fantasmait sur l’Océan Pacifique, le voir était une première pour deux d’entre nous. Quelle déception. Une écume fade, un sable tout moche. « Alors, c’est ça l’Océan Pacifique? »

Pour la première fois, on se retrouve comme de vrais touristos dans San Francisco. Un sentiment d’être complètement étrangers à San Francisco. Même le Golden Bridge nous est quasiment indifférent. Seule consolation : rouler à tombeau ouvert dans les rues-montagnes-russes de cette ville dégingandée. Les hippies ont le don de nous énerver. Trop perchés.

Un sentiment de solitude nous envahit. Vivement le retour sur la route 66, direction Albuquerque pour rencontrer un photographe hors-du-commun, tiraillé par le surréalisme et la beauté de l’étrange, Joel Peter Witkin.

A

A

B

B

P.S : deux des coblogueurs ont quand même traversé les Etats-Unis, et vu les océans Atlantique et Pacifique. Belle perf’.

GRAND JEU CONCOURS

Nous n’avons pas réussi à nous départager sur le choix de ces flous noir et blanc. Comme on vous trouve un peu mous en ce moment sur les commentaires, à vous de trancher. Laissez votre choix (A ou B) en commentaires, si possible en étayant sur le pourquoi du comment. L’auteur du commentaire le plus pertinent gagnera un tirage gratuit de la dite photo. Nous, on est grand seigneur, on n’est pas comme Mediapart-Vu qui propose des tirages à 250 euros. On espère que le conseil de la Barackafrites arrivera à vous départager. Seul hic : il faut 42 voix minimum d’écart, sinon, l’un de mes plus proches lieutenants Manuelo Vallito menace de saisir la justice pour fraude dans ce grand jeu concours, tout à fait ridicule.

Ah Vegas…

25 novembre 2008

Comme dirait Marguerite, nous n’avons rien vu à Las Vegas.

Lunettes, check. Clope au bec, check check. Demarche de cowboy...

Lunettes, check. Clope au bec, check, check. Démarche de cowboy...

Primo, deux des coblogueurs ont marché, erré dans Vegas, sunglasses sur le nez. Une bière dans chaque main, une clope au bec tout le temps. Des filles vulgaires, du carton pâte drôle-pathétique, un skateur avec un drôle de piercing dans les naseaux, des petits vieux accrochés à leur machine à sous. Couchés tôt le matin, réveillés quatre heures plus tard. Résultat : une grosse gueule de bois.

Noel skate sans reussite dans les casinos et sur le strip.

Noël skate sans réussite dans les casinos et sur le Strip.

Secondo : Jean Vacances a tenté de payer le voyage à une table de poker. En vain. Quasiment trois cent dollars perdus. Et bim.

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Vegas by night.

P.S : Dodo nous manque. A la place, une Ford Focus très inconfortable ne prend pas très soin de nos jolies petites fesses. On se console comme on peut : notre tire de location – nous resterons impersonnels avec cette voiture en hommage à Dodo – trace à 95 miles par heure.

Notre périple prend une autre tournure.

Dodo est morte.

24 novembre 2008

Death in Vegas. Belle mort dans la ville de tous les péchés. Enterrée-abandonnée dans le parking, Garage 2 du Circus Circus.

L’alarme s’est allumée, a fait bip-bip. Certainement un faux contact. Un doute s’est ensuite glissé dans notre esprit. Et si Dodo avait un problème d’huile. Juste avant Las Vegas, au niveau d’un barrage hydroélectrique, Dodo montre des signes de faiblesses. Une agonie annoncée. Quelques centaines de mètres plus loin, Dodo perd son huile-sang. Un autre arrêt chez un vendeur de pièces automobiles nous rapproche un peu plus de la mort de Dodo. Puis le passage obligé chez le garagiste : nous, fébriles, assis sur un trottoir, à l’ombre, quand le soleil tape. En face : Dodo, perchée dans les bras électriques du garagiste. Verdict de ce dernier : moteur quasi cassé, impossible de réparer. A moins de sortir 4500 dollars de nos poches. Ou pas. So fu**** up.

On caresse alors doucement Dodo. On lui promet une belle mort à Vegas dans un parking pourri d’un casino miteux. On lui murmure de doux mots : « Allez, une vingtaine de miles, et après, promis, on te laisse ». Et elle l’a fait, sans le moindre râle du warrior croisé. En arrivant, Dodo peut être suivie à la trace. Une ligne ténue d’huile tel le fil d’Ariane. Pas besoin ici de se retrouver. Mais ce fil est celui de sa perte. Elle se videra très vite de son huile-sang au premier niveau du parking 2 du Circus Circus, casino, théâtre du film Las Vegas Parano.

On the strip

On the Strip

Dodo était une Dodge fidèle, caractérielle. Sans cette carlingue rouillée, notre voyage n’aurait pas été le même. Nous avions appris par empirisme à la maîtriser, à savoir garder inchangé notre pied sur l’accélérateur pour qu’elle ne rétrograde pas sur l’autoroute (Jean Vacances en sait quelque chose). Elle nous en a montré des vertes et des pas mûres, le pneu crevé, les montées poussives, etc. Mais elle nous aura trimballés de Chicago à New York, en passant par Détroit, Burlington dans le Vermont, les Appalaches, Saint Louis, Tulsa, Amarillo au Texas, Santa Fe au Nouveau-Mexique, les Montagnes Sacrées de l’Arizona. 8000 miles de routes goudronnées, défoncées.

Nous ne pensons pas avoir un penchant matérialiste. Mais ce soir, on verse notre petite larme en pensant à notre Dodo.

Rest In Peace

Rest In Peace

Avis de Décès

DODO LA DODGE,

DETROIT 1998 – LAS VEGAS 2008

Mehdi Meddeb, Guillaume Belvèze, et Jean Vacances ont le regret de vous faire part de la mort de Dodo la Dodge.

Jeune, 10 pas plus, mais maltraitée par son ancien propriétaire, Dodo, huile-hémophile, se sera battue jusqu’au bout. A bout de souffle, enterrée-abandonnée à Las Vegas.

Par conséquent, nous vous prions de ne pas assister à une cérémonie qui n’aura pas lieu. Sans fleurs ni couronnes. Merci.

Les deux font la paire.

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John se douche après son travail. Eau froide garantie.

John vit à Kingman depuis deux ans. Pas le choix.

Floyd est là depuis six semaines. Il reste ici jusqu’à la sortie de prison de sa compagne. Un mois déjà sans la voir.

Après avoir travaillé pour une compagnie pétrolière au Nouveau-Mexique, John est venu ici pour trois mois. Un DUR (driving under influence) l’a rattrapé. Du boulot à droite à gauche, dans le bâtiment, la charpente, un peu chaque jour ou pas du tout en fonction de la demande, John vit entre sa camionnette et un cagibi sur l’un de ses chantiers.

Floyd se contente d’une tente, et se déplace à vélo. Un comble aux Etats-Unis quand tout se fait en voiture.

John se douche à l’eau froide d’un tuyau d’arrosage.

Floyd est un ancien toxico. Sa dentition en garde les stigmates.

John a bu, beaucoup. Il a fait cinq ans de prison. Un type lui avait volé 250 dollars. John s’est pointé devant chez ce type en le menaçant avec un fusil. Le type lui a rendu l’argent et l’a dénoncé à la police. Pas de chance.

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Floyd, "like The Pink Floyd."

Floyd et John sont aujourd’hui rangés. Ils vivotent. « On survit », dit John. Floyd est amer, lucide, et drôle. Témoignage d’un sans-voix médiatique ravi de parler. Ode à Floyd, bercée par Mogwai, Summer, sur l’album Ten Rapid.

Floyd est un collègue de galère. Queue de cheval, dentition incorrecte

Script :

« Salut, je m’appelle Floyd, 53 ans. Je viens de San Diego, en Californie. Un petit mec aux cheveux longs. Mignon. Les femmes m’adorent. Qu’est-ce que t’en dis ! Et si elles ne m’aiment pas, je peux changer. Je changerai pour quelque chose d’autre ! Ha ha ha !

MUSIQUE

Les Etats-Unis ? c’est cool, beaucoup de trous du cul, mais bon, ça se passe plutôt pas mal.

MUSIQUE
Nous Américains, on est bien motivés pour changer le monde, à part le nôtre, ici. On ne sait pas s’occuper de nous-mêmes. On veut s’occuper des autres, sans s’occuper de l’Amérique. Je sais que j’ai raison ! Il y a des clochards dans tous les Etats-Unis mais ils préfèrent aller bombarder le reste du monde. Et ils dépensent je ne sais pas combien de milliards pour réparer le pays qu’on vient de bombarder. Si c’est pas stupide !

MUSIQUE

Il y a des clochards partout, qui ne veulent que du travail, à manger, ou un logement décent. Et on est allés bombarder d’autres pays. Ca, c’était l’Oncle Bush, président Bush, ou son père, je m’en fous, mais c’était ça leur plan. De la merde. L’Amérique est peut-être le meilleur pays au monde, mais on n’est rien qu’une bande d’imbéciles trous du cul. Du moins, les politiciens le sont. Tas d’idiots. Tous des milliardaires. Il ne leur manque rien, alors ils vont voir ailleurs qui ils sont capables de baiser. Voilà ce qu’ils font.

MUSIQUE

Ca peut pas être pire. Si on avait choisi McCain ? McCain aurait fait du Bush, ça aurait fait quatre ans de plus de Bush. Tandis qu’avec Obama… Espérons que ça puisse changer les choses. En plus il est noir, alors, peut-être qu’il fera du bien… J’espère ! »

La vraie route 66 se dévoile. Des centaines de miles conservées intactes, loin de l’autoroute, entre Seligman et Kingman, dans l’Arizona. Des paysages vierges d’habitations, quelques voitures qui roulent dans un immense silence. Et nous au bord, sur le bas-côté. Une étendue de bitume devant nous, des miles et des miles de ligne droite. Un décor de western nous inspire.

A regarder ce délire pour macadam à six mains.

Merci à Herman Düne, qui n’est pas au courant.

A écouter cette mélodie du bitume.

A voir cette série photographique : Modern lonesome cowboys

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Montagnes sacrées.

21 novembre 2008

Klee passe ses mains dans ses cheveux. Renoue sa queue de cheval. Puis les attache avec un tissu blanc mystérieux. Dans la montée vers le sommet des San Francisco Peaks, Klee regarde à droite, à gauche. On ralentit une première fois. Non pas là. Puis une seconde. Klee descend, puis déboule dans la forêt. S’enfonce dans les fougères et disparaît quelques minutes. Le temps de faire une offrande pour honorer Mère Nature. Avant d’arriver près des cimes encore vierges de neige – 25 degrés un 20 novembre – Klee psalmodie des choses, un murmure quasi imperceptible se glisse dans l’habitacle de Dodo, qui monte toute seule comme une grande sans poser de problèmes.

Klee Benally, Navajo, 33 ans.

Klee Benally, Navajo, 33 ans.

Klee est donc Indien, un Native American, plus précisément un Navajo, un Dine’. Longiligne, 33 ans, un chapeau vissé sur sa tête, cet activiste, militant politique de toutes les causes, chanteur et guitariste du groupe rock Blackfire nous emmène dans ces montagnes sacrées pour 22 tribus indiennes, et plus particulièrement pour treize d’entre elles. D’où les prières. Ici, une station de ski est venue dénaturer un site très important d’un point de vue religieux, mais aussi culturel. La médecine traditionnelle des Indiens trouve tout ce qu’il faut ici : toutes les herbes et plantes sont réunies dans ce massif forestier. Le hic : les propriétaires de la station veulent construire un canal transportant les eaux usées de Flagstaff pour les transformer en neige artificielle, ce qui contaminerait les herbes rares nécessaires aux cérémonies indiennes. Et perturberait les cérémonies religieuses.

Klee Benally

Klee Benally

Le collectif regroupant les tribus et des associations environnementales ont perdu en première instance, puis gagné en appel, qui fut ensuite cassé. Le juge leur a dit texto : « Vous pourrez toujours prier sur l’autre flanc de la montagne ». Réplique de Klee, ironique : « C’est comme si on détruisait la moitié d’une mosquée pour un musulman, et qu’on lui disait, ce n’est pas grave, il restera l’autre moitié pour prier ».

Klee ne désespère pas, car ce sont ses terres, et celles de ses ancêtres. « On prie pour le meilleur, mais on se prépare au pire ».

L’hymne Navajo, a capella, par Klee Benally.

L’Echappée. Belle.

20 novembre 2008

Profiter du travail d’un autre coblogueur – rapport à un reportage sur Klee Benally, un indien activiste, militant politique et artiste touche-à-tout à retrouver bientôt sur la Barackafrites – pour prendre à nouveau un bout de route. A côté de la road 66.

a

Arriver à Sedona, village disneylandien en terre indienne. Particularité locale : le ranch de John LaFrite. Se retrouver coincé dans un embouteillage en plein milieu des paysages les plus connus des Etats-Unis.

b

Fuir la voiture pour monter. Monter tout en haut, entre ces deux immenses piliers de roches rouges (oui oui tout a gauche). Endroit très peu accessible et c’est tant mieux. Se faire un peu peur pour mieux en profiter.

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Laisser le soleil se coucher en attendant la lumière. Celle que je préfère. Filante. Fuyante. Reste à choisir le bon moment. Il est temps de redescendre.

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Casse-Trinité

18 novembre 2008

De la tolle en pays indien. Journée mystique. A tous égards.

Egard religieux.
Mormon style dans le petit village de Ramah, Nouveau-Mexique. 2.500 blancs-becs, isolés en terre indienne. Papa mormon – so friendly – qui offre de nous accueillir pour la nuit, avec Maman mormon, Fille mormon et Petite-fille mormon. Ca, c’était avant que ne débarquent les deux missionnaires, Elger Stewart, 20 ans, et son acolyte. Les Laurel et Hardy de la secte nous font visiter le temple de l’Eglise de Jésus-Christ des Saint des Derniers Jours. Histoire du fondateur Smith, à qui, en 1820, apparurent Dieu et Jésus. Quatre ans plus tard, ils lui remettent – sacré veinard – les assiettes d’or, que lui seul sera capable de traduire. Après moulte persécutions, nos religieux quasi-bicentenaires, ont atterri à Ramah pour le plus grand bonheur du prophète, qui s’en met certainement plein les poches à Salt Lake City. Y’a qu’à voir son portrait sur les murs du temple. Salles de classes, pour les adultes comme pour les enfants dès deux ans. Il n’y a pas d’âge pour se faire endoctriner.
Finalement, Papa mormon prétextera une grippe imaginaire de sa fille, pour reprendre illico ce qu’il nous avait donné : une nuit gratos. Journée de casse.

Egard automobile.
Comme cet amas de ferrailles au milieu des terres zuni et navajo. Ford Mustang ou Triumph, Buyck ou Bentley. Les squelettes métalliques empilés en bord de route, souffrent plus encore que nous de la chaleur. Il faut marcher sur le verre pilé des pare-brises, escalader les capots défraichis, soulever les pare-chocs mi-chrome mi-rouille, pour comprendre : le paradis de la bagnole est un purgatoire. Détroit, ton Big Three fait pâle figure. En crise aussi, le Dieu Automobile.

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Egard indien.
Comme ces tribus ignorées d’un pays qui érige en héros des Pères fondateurs sanguinaires en leur temps. Pas de terres arables pour les navajos et les zunis, mais des dizaines de milliers d’hectares de garrigues. Des buissons s’étalant jusqu’au flan des falaises rouge, comme dans Lucky Luke. Reste l’industrie du tourisme. Revendre à la grande machine son artisanat potier, sa bijouterie turquoise qui nous a conquise : on repart avec quatre bagouzes.

Et gare de triage.
Flagstaff. Repère de lascars sur la Route 66. Et pour cause : 100 trains de marchandise y transitent chaque jour. Et qui dit trains de marchandise, dit attaque de trains de marchandise. Mais tout cela est bien fini. Les hors-la-loi n’usent pas leur denim sur les bancs de la North Arizona University. Tant mieux pour nous. Laura et Sami nous ouvrent les portes de leur bohème. Tirage de tarots, diseuses de drôles d’aventures. Autour du calumet de la paix.

laura-flagstaff