A défaut de voir mes deux petits propriétaires bouger leurs fesses – vous foutez quoi les mecs? Une semaine sans rien sur le blog -, et bien, moi, Dodo, la Dodge, je prends les devants. Ce ne sont pas deux illuminés « white trash », rêvant d’accomplir un 14/88 nazi, qui arrêteront un destin en marche. Barack Obama vous bottera le cul avant que vous ne le touchiez. Pas même Oussama ne détournera l’Amérique du Changement.

Celle qui commence à voter. Se mobilise. S’electrise. Celle qui croit à cet orateur hors pair -ce qui est vrai NDLR. La possibilité d’un avenir meilleur prend chair chez le sénateur démocrate. C’est du jamais depuis plusieurs décennies. Parler vrai, convaincre, incarner un idéal de refonte de l’Amérique. Plus juste. En France, vous nous enviez BO. Car en France, c’est un peu recherche désespérée d’une personnalité de gauche, charismatique, en phase avec son temps, et capable de susciter de l’espoir. Depuis Tonton Mimi, makeinsh, oualou, désert total. Une cousine R 21 me raconta la montée de votre père socialiste sur le Panthéon. Autrement plus clinquant et claquant que le one-woman-how de Ségo au Zénith? En même temps, deux ans après l’élection de Tonton, tout le monde déchantait en France?

Où Dodo veut-elle en venir? BO ne changera certainement pas grand chose dans les faits. Un peu plus de redistribution, une politique étrangère plus multilatéraliste et consensuelle. Mais vu la crise qu’on va se coltiner dans les années à venir, pas sûre que notre BO arrive à changer les choses. Mes copines de Détroit, et de la ceinture rouillée, risquent de moisir un bon bout de temps dans les usines du Big Three. Vous me direz, BO compte créer 5 millions d’emplois liés à la « Green Industry ». A voir.

En tout cas, dans cette campagne, BO a su montrer qu’il avait les épaules. Quand l’autre n’avait que la langue qui traînait à la fin des débats télévisés, l’allure d’un robot, et celle d’un vieillard sorti des mouroirs, pardon des hospices Français. Les Républicains ne m’ont pas convaincue car ils ont fait preuve d’amateurisme, volontiers girouettes, perdus face à cette fameuse surprise d’octobre que fut la crise. Passons sur cette honky girl de collistière sortie tout droit de son Alaska profonde. De toute façon, elle risque certainement d’y retourner après le 4 novembre. A moins que…

BONUS ###

Hommage à East Saint Louis. Nous refermons ici le chapitre de cette ville en souffrance. Passage sur RFI, dans les Visiteurs du Jour, daté du 27 Octobre 2008, à 11h45. Nous n’oublierons pas Raymond, Pat, le Chief Baxton, le maire, et tous les autres qui se démènent pour faire revivre, ou pas, East Saint Louis de ses cendres.

Ecoutez ici, juste une ligne plus bas sur le blog, ou bien à retrouver sur le site de RFI.fr, dans l’émission : « les Visiteurs du Jour », troisième partie.

On vote tôt à Chicago

28 octobre 2008

Pas de queue devant les bureaux de vote a Chicago. Et c'est bien le but recherché

Pas de queue devant les bureaux de vote àChicago. Et c'est bien le but recherché à pile une semaine de l'élection présidentielle.

Le fatidique 4 novembre ne tomberait pas en avance cette année? Pour des milliers d’électeurs de Chicago, c’est le cas. La ville a mis en place un système de « Early Vote » – vote en avance – pour ceux qui sont impatients de glisser leur bulletin (Obama!) dans l’urne, ou variant plus moderne, tapoter l’écran de la borne de vote électronique. Jusqu’au 30 octobre, 51 bureaux de votes disséminés un peu partout dans l’agglomération sont ouverts 6 jours par semaine. Ils ont déjà attiré plus de 180 000 votants précoces. Ce système mis en place pour la première fois durant les primaires rencontre un franc succès. Les raisons sont évidentes. Quelques impressions glanées à la sortie d’un bureau de vote d’un quartier ouest de Chicago par (déjà!) -5 degrés Celsius .

Jim, 50 ans, trouve que ce système est vraiment pratique – “convenient” (en english), ce mot reviendra dans toutes les bouches des personnes interrogées –, système qui devrait être généralisé dans les années qui viennent. Jim n’a attendu que 20 minutes quand l’attente les jours d’élections peut monter jusqu’à 4 heures.

Josh, 29 ans, passait en vélo devant le bureau de vote en rentrant chez lui quand il a décidé de s’arrêter pour voter. Cette spontanéité est aussi appréciée par Pat et Mike, 27 ans : “L’avantage est de pouvoir choisir son jour, ça aurait pu être hier ou bien demain ». C’est du genre : “Tiens, j’ai une heure devant moi, si j’allais voter!”. Le « Early vote » a également la côte auprès des travailleurs. En effet, le Big Day est un jour ouvrable aux Etats-Unis. Prendre sa journée juste pour donner sa voix en fait réfléchir plus d’un.

Juan, 33 ans, travaille dans la restauration en banlieue de Chicago. Sans ce système, il ne serait pas venu voter. “Beaucoup de mes collègues demandent quelques heures de libre au boss pour le vote. Celui-ci ne peut pas dire oui a tout le monde. Et moi, c’est carrément une après-midi qu’il me faudrait en comptant le trajet. C’est trop compliqué.” Voila donc une initiative qui, tout en luttant contre l’absentéisme (36% en 2004), rend les votants heureux.

Bonus

Pour patienter, on ne se lasse pas de regarder Homer voter Oba…, euh Mc Cain excusez-moi.

Silence… à J-15

20 octobre 2008

A deux semaines de l’élection, nous nous taisons. Plus rien dans la besace. Pour l’instant, plus aucun reportage à vous proposer, chers lecteurs et très chères lectrices. D’où ce silence dans « labarackafrites ». Nous travaillons, du montage radio, du fignolage de portfolios. Et nous chuchotons tout bas. BO devance JMC dans tous les sondages. Mais tout le monde se souvient de 2004. Le candidat démocrate de l’époque, John Kerry, était favori, quand le vendredi précédent l’élection, si mes souvenirs sont bons, un barbu troglodyte refit son apparition dans les lucarnes Américaines. Et GWB fut réélu. Ce scénario pourrait-il se reproduire? Certainement. Dans ce cas, le camp au pouvoir resterait aux commandes du pays. Un désastre pour tous ceux que nous avons rencontrés. Travailleurs pauvres, enseignants, expulsés, militants, mineurs, étudiants. Quand le rêve Américain tourne au cauchemar. Petite introduction sonore à écouter dès le 27 septembre sur Radio France Internationale, dans les Visiteurs du Jour.

Paroles d’Américains rencontrés pendant 15 jours de route. Raymond, retraité, East Saint Louis. Janis, masseuse en sursis, Détroit. Elmony, manifestante, Détroit. Sandra, expulsée, Détroit.

Alors on croise les doigts…

P.S : Nos plates excuses pour ce silence insoutenable. Mais bon, on n’aime pas trop le blabla. A suivre, Inchallah, dans les jours qui viennent dans labarackafrites, Al-Thawra, premier groupe punk musulman.

Une croix de dix mètres domine Mullens

Les Appalaches encerclent Mullens, 1800 habitants, 7 églises, et douze mille barbus à chemise à carreaux, et autant de pick up. Un détail : un seul bar sans vitres. De jour comme de nuit, il fait nuit. Ambiance. A l’intérieur, une femme joue quelques minutes à la machine à sous. La machine fait bilup-bilup-bilup (oui, oui, j’ai un peu de mal à imiter les machines à sous). Elle ne cesse de taper frénétiquement du pied, les yeux rivés sur la machine. Puis celle qui tenait sa clope de la main gauche et le levier du bonheur de la droite, sort. Puis revient, le temps de récupérer je-ne-sais-où quelques dollars.

Entre-temps on est accoudés au bar. A notre gauche, Carolina, une voix de clopeuse, est en train d’engloutir sa Bud. On papote de tout, de rien, de politique. Elle s’apprête à partir. Vicieux comme on est, on lui en offre une autre. « Vous imaginez que je vais voter pour un type qui va jurer sur le coran quand il sera président des Etats-Unis? ». Sur ce, la serveuse enchaîne : « Oui, on m’a dit que BO est musulman ». Nous, un brin gênés : « Euh, mais c’est faux, BO est chrétien, il s’est d’ailleurs pris la gueule avec son pasteur ». Carolina n’en démord pas : « C’est pas ce qu’on m’a dit ». Intérieurement, on enrage. Les inepties des républicains trouvent ici un écho. Suffit juste de se balader. En témoigne cette photo.

Mullens est à l’image de cette Virginie Occidentale, longtemps bastion démocrate. Depuis les deux dernières élections présidentielles, Mullens vote Républicain. La région est particulièrement sinistrée. Derrière les couleurs sublimes de l’automne se cache une misère. 25 pour cent de taux de pauvreté, un chômage important, des mères célibataires qui vivent dans des caravanes. Mullens tout comme la région des Appalaches est une terre de mines de charbon. La plupart ont fermé. Quelques unes sont encore ouvertes. A la sortie de Mullens, il en reste une en activité. Tiens, tiens, on irait pas se serrer de la paluche noircie. Banco.

Arthur, le super intendant de la mine.

54 mineurs sont sous terre. Il y a dix ans, ils étaient dix fois plus. Mais d’après Arthur, le responsable de la mine, un gars chevelu qui a oublié d’aller chez Dessange depuis trente ans, explique que ça va mieux. Car le charbon se vend désormais plus cher. Entre deux mâchages de tabac à chiquer, Arthur nous raconte qu’ici on gagne 340 dollars la journée, 450 le samedi. Ok, fini le journalisme, devenons mineurs. L’espace de quelques minutes, on est descendus six pieds sous terre. Impossible je pense de faire cela en France. Mais là, pas de problème. Les assurances? « Il n’y a pas de danger ». « Mais quand on est mineurs, on se blesse, non? « . « Parfois, il y a des jambes cassées, et des mains en moins, mais c’est assez rare ». Hein, hein.

Le cul à l’avant du tchoutchou crasseux et noir de suie, une gueule béante de cinq mètres de large s’ouvre dans la montagne. Descente aux enfers plutôt frais. On aurait pu prendre nos petites écharpes Urban Outfitters. Trêve de considérations parisiano-futiles, les galeries s’enchaînent dans un bruit lancinant de machines qui remontent vers la surface les morceaux de charbon.

Arthur tente de nous expliquer un truc incomprehensible avec son accent à la Brad-Pitt-manouche-dans-Snatch. Faut s’accrocher. L’air vous glace les os, la suie vous rentre dans les pores, les poussières dans les poumons. Ma foi, on n’est pas mécontents de remonter à la surface, de retirer nos lampes-casques. Arthur fait ces trajets depuis quarante ans. Il a fait le Vietnam, pense que les troupes n’ont rien a faire en Irak ou en Afghanistan, il en a plus que marre de Bush, mais Arthur votera John Mc Cain. Hé demande pas pouquoi, ou tu vas te prendre une mandale. Dans son bureau trône une affiche « Règle numero un : obéir au boss. Règle numero deux : si le boss a tord, voir règle numero un ». Comme ça c’est clair. En fait, pas mal de gens votent pour les Republicains car ce sont les seuls qui ne veulent pas toucher au contrôle du port d’armes. La politique est si peu de choses.

Si certains de nos lecteurs ont remarqué une certaine absence bloguesque, ce ne fut pas par fainéantise. Non, on s’est juste dit que l’on se prendrait tout simplement deux jours de off à ne rien faire à New-York. Enfin si, boire des bières sur une terrasse de downtown avec vue sur l’Empire State building et sur l’Hudson River, parler sur cette même terrasse à une mannequin qui ne l’était pas mais qui bossait pour du champagne.

Extrait : Moi  » Oui, oui j’ai fait des compets de CSO (NDLR : concours de saut d’obstacles) ».

Et l’auteur de ce post sent à cet instant qu’il vient de scorer. «  Sans déconner, dit-elle avant de lâcher un tu sais ce qui me manque le plus ici, c’est mon cheval ». Sans commentaire. Après tout, j aime bien les chevaux aussi.

Puis reboire des bières toujours en compagnie de musiciens de jazz, avec qui on ne parlait pas musique, trop chiant, mais plutôt : « pas mal la petite, bip, comment fait-elle pour porter ce genre de talons, bip, etc ».

Puis partir de cet endroit charmant en claquant à un financier Français qui nous prenait pour des cons de journalistes et musiciens romano que c’était lui le con. Au passage mort aux cons.

Puis le lendemain petite promenade dans Central Park, petite méditation toujours dans Central Park sur fond de coucher de soleil, penser à autre chose, et en deux jours, arriver à la conclusion qu’il faut fuir NYC, ses rues noires de monde, qui suintent la graisse. NYC n’ a pas changé. Tu te sens le roi du monde, mais fais gaffe à la chute, attention chute à l’arrière, comme dirait un célèbre commentateur du Tour de France cycliste.

Oui, marre de ces mecs qui klaxonnent Dodo la Dodge car elle peine à passer la dernière, et donc elle se traîne. « Fuck you », « non, c’est toi fuck you ».

Parenthèse de 48 heures de n’importe quoi farniente, toutes les bonnes choses ont donc une fin. Alors on a pris Dodo, et on s’est planté dans les Appalaches, au beau milieu de la nature chatoyante, comme pourrait l’écrire Marc Levy. Mullens, petit village qui doit certainement prendre les New-Yorkais pour des extra-terrestres.

Second Vermont Republic

10 octobre 2008

L'auteur Thomas Naylor aux couleurs du drapeau de la prochaine, ou pas, République du Vermont.

Thomas Naylor s’est installé dans le Vermont il y a 14 ans. Après un voyage en Autriche avec sa femme d’origine polonaise, celle-ci a déclaré vouloir s’installer en Europe, plus particulièrement dans un « petit village alpin ». Ne voulant pas quitter les Etats-Unis, il lui a proposé le Vermont. Elle n’y a pas perdu au change.

Thomas Naylor est un révolutionnaire. Un vrai de vrai. Pourtant pas de foulard rouge autour du cou de ce septuagénaire, ni de poster du Che dans le salon confortable et très Anglais de sa jolie maison de campagne. Depuis 7 ans, une seule idée l’anime : faire quitter le Vermont des Etats-Unis. Ou bien autre option : « Get the U.S. out of Vermont » comme s’amusent les slogans imprimes sur des t-shirt sécessionnistes. Une lubie ? Pas vraiment selon Naylor. Le Vermont a déjà déclaré son indépendance en 1777 (First Republic of Vermont) avant de rejoindre l’Union en 1791.

Thomas Naylor a écrit un livre sur le sujet, qui a fait de lui « le parrain » du mouvement. Selon lui, la sécession se construit sur la peur et la colère. Depuis 8 ans d’Administration Bush, la colère est bien présente chez les habitants de cet Etat plus que démocrate – le sénateur du Vermont Bernie Sanders est socialiste, autant dire le mec le plus à gauche de tout le Sénat, pour ne pas dire communiste. Quant à la peur ? C’est pas encore ça. « Les habitants du Vermont se complaisent dans un mode de vie riche et social et sont généralement trop heureux » . Mais depuis deux semaines, la crise financière commence à leur donner des frissons. Le Vermont a pourtant toute ses chances de traverser le nuage noir sans trop de dégâts. Beaucoup d’entreprises et de banques sont locales. Il en va de même pour l’énergie et la nourriture.

Thomas Naylor espère que Mc Cain va passer, tout en le détestant cordialement. Car Obama est perçu comme un sauveur par beaucoup de sympathisants démocrates, celui qui va changer la face des Etats-Unis, « un nouveau Messie, la deuxième naissance du Christ ». Autant dire que son élection ne jouerait pas vraiment le jeu de la sécession du Vermont.

Le Vermont indépendant ? Franchement, même si l’idée est séduisante, on a du mal à y croire. Alors concrètement, comment cela peut-il se passer ? Selon Naylor, il faudrait une assemblée générale exceptionnelle de l’Etat dans sa capitale, Montpelier (9000 habitants, plus petite capitale des Etats-Unis) qui doit voter aux deux-tiers la sécession, suivie par un envoi immédiat d’émissaires diplomatiques. Et enfin, ne plus payer aucune taxe fédérale. La réponse des Etats-Unis ? Naylor ne croit pas à une intervention militaire mais plutôt à un embargo. Pas de problème. Le Vermont est frontalier avec la province du Québec. Qui verrait certainement d’un bon œil une telle initiative.

La gnaque avec les Yaks

8 octobre 2008

Rob a la crise de la quarantaine. Alors il élève des yaks. Il y a white baby, il égrène les noms à la pelle. Perso comment arrive-t-il à différencier des machins poilus à cornes qui vous regardent avec des yeux de boeuf? On est loin les filles des petits hauts trendy d’urban outfitters. A Waterbury, c’est ambiance bouse de vache. Mais cool. On mange bio, on va chercher les mômes à 14h30, trop cool, des gosses qui demandent même à faire leurs devoirs, super cool, on fait une petite émission de radio, une heure de taf, et ensuite on retourne à ses citrouilles. Car même si Halloween est dans plus de trois semaines, ouh, faudrait pas rater ce moment incroyable de communion, alors on se prépare longtemps à l’avance.

On a testé pour vous la viande de Yak. Achement bon, de quoi faire outer les végétariens les plus (con)vaincus.

J’oubliais deux ou trois détails qui peuvent avoir une certaine importance. Cet énergumène est un sécessionniste. Oui, oui, un vrai, comme plusieurs centaines de personnes, ils demandent tout sérieusement l’indépendance du Vermont, Etat longtemps attaché à sa liberté. Rob a eu cette conscience sécessionniste en 2004, quand « GWB a volé l’élection ». « Pour moi, pas de doute, le pays va dans le mur, et je ne veux plus en faire partie ». Pas d’action violente, Rob fait partie d’un réseau dormant. Avec « Vermont Common » et « Second Vermont Republic », il milite auprès du gouverneur pour organiser un référendum. Et si le oui l’emporte, alors légalement, le Vermont sera indépendant. Si la Frite passe, alors là, peut-être, oui, peut-être, le Vermont sera indépendant.

Nada pour Nader

7 octobre 2008

Ralph Nader en meeting à Burlington

C’est l’éternel troisième homme. Ralph Nader, candidat anti-système, anti-lobbies (ah bon comprends pas pourquoi), anti-télé, anti-crottes de chien, anti-pub, anti-boutiques-fashion-genre-urban-outffiters-qui-font-crier-de-joie-nos-lectrices-chéries. Ralph Nader, 74 ans, se présente pour la quatrième fois pour briguer la Maison Blanche. Il était de passage à Burlington dans l’église de l’université, c’est pas Nanterre. On tombe sur son tract en buvant une bière. Tiens, on se ferait pas un reportage après avoir roulé quinze heures. On n’est pas fatigués, hein? Allez, banco.

Equipe minimale, loin du show Obama. Ici, on la joue démocratie directe, ou participative. Ralph Nader parle d’une voix monocorde, quasiment sans vie. Cet avocat d’origine Libanaise a perdu de sa fougue d’écolo foufou. Après un speech ronflant, des questions burlesques de l’auditoire du genre : « Que pensez-vous de la CIA et des extraterrestres? » C’est vraiment très intéressant. Entre temps, quelques personnes ont succombé aux délicieux appels de Morphée (dont l’auteur de ce post). Bref, Nader se rassoit. Banco pour une interview, Mr Nader? Lui : « Soyez polis, attendez la fin du meeting ». Ok, on se rassoit, on attend trois heures les plus surréalistes qui soient.

L’un de ses assistants monte sur scène. Et commence à faire la quête. « Qui est prêt à donner 2500 dollars? ». Dix secondes de silence, et rien, personne ne moufte. « Qui est prêt à donner 500 dollars? ». Silence itou. « Qui peut donner 250 dollars, et en cadeau vous recevez le dvd de Ralph Nader (NDLR : trop de chance les cocos)? » Ah une réponse, deux, ouah, ça s’agite. Et ça continue comme ça jusqu’à dix dollars. Voilà comment se fait une campagne d’un petit candidat. Nader, l’homme qui apparaît pour chaque présidentielle, et qui disparaît pendant quatre ans. C’est aller un peu vite en besogne mais c’est un peu cela l’équation Nader.

Revenons à Nader. Notre homme finit ses dédicaces des bouquins. Entretien? Lui : « Pas le temps, désolé, fallait venir à la conférence de presse ». Nous, menteurs comme des arracheurs de dent : « Ecoutez, on vient exprès de Paris pour vous voir? » Pas mal l’argument, non? Lui : « Ok mais une seule question ». Là on commence à voir rouge. Nous : « Tout à l’heure vous nous avez demandé d’être polis, c’est ce qu’on a fait, maintenant c’est vous qui n’êtes pas polis, on ne travaille pas comme ça ». Le Nader se calme, et répondra finalement à… deux questions.

La morale : nous avons consulté Dodo la Dodge pour requérir sa science. Verdict : « Change we need », votez BO, mais pas RA, trop vieux dit-elle. Tout comme ce bon vieux John Mc Cain. Ah, la politique est si peu de choses.

DETROIT DESTROY #3

6 octobre 2008

Détroit, dernier acte, dans la Robinwodd St. Une rue oubliée où personne ne passe. Plus rien à faire ici. Après avoir fait la rue plusieurs fois, nous avons compté cinq maisons encore debout sur une cinquantaine. Ca vous laisse imaginer l’étendue des dégâts. On pourrait être sur les zones sinistrées du cyclone Katrina, ou dans une région ravagée par la guerre. La Robinwood Street (un nom pareil ça ne s’invente pas) est laissée à son sort. Les rares habitants qui y vivent encore sont très méfiants. David nous accueille d’abord par un « c’est quoi le problème ». On se présente, et il devient très sympa. David vit dans cette maison avec sa femme et ses six enfants. Il nous raconte que la semaine prochaine, il va déménager. Car cet environnement est insupportable, du moins c’est devenu invivable. Il ne veut plus que ses enfants voient ce spectacle de désolation, jouent dans les gravats, et dans des affaires abandonnées.

Ce que l'on voit depuis le porche de la maison de David.

David et quatre de ses six enfants.

Détroit c’est fini pour nous. A vrai dire, tout cela commençait à sérieusement nous déprimer. Cette Amérique est sur le déclin. Beaucoup de nos interlocuteurs nous prédisent que le pire est à venir. Ici quand vous vous cassez la gueule, il n’y a personne pour vous aider à vous relever. On a ressenti comme une loi du plus fort. Même sentiment à East Saint Louis.

On a donc pris Dodo la Dodge, où plutôt elle a pris soin de nos petites fesses. Après quinze heures de route, quatre pauses, un ferry, et une dernière vitesse qui ne passait plus pendant les derniers cent kilomètres, nous sommes arrivés dans le Vermont, dans le nord-est des Etats-Unis. Loin des villes polluantes, vive la verdure, la bonne bouffe. Ici, il n’y a que des Blancs, contraste saisissant, des WASP parfois un peu barges, qui demandent sans rire leur indépendance, à ne plus faire partie de l’Amérique. On sent le potentiel, des a lo grande, dont nous vous ferons part dans les prochains épisodes.

La foule crie son nom. « Obama, Obama, Obama! ». Lui, sort de notre droite, d’une allée protégée de bâches blanches. Son apparition fait fureur. Il monte les premières marches d’un podium-défilé-genre-Jean-Paul-Gauthier. Il ne se départit pas de cette fausse nonchalance. Il traîne son costard bien coupé sur la scène. De part et d’autre, des militants, des sympathisants, des volontaires, bardés des couleurs Obama, pancarte en main « Change we need ». 20 000 Américains qui font du bruit à la State University du Michigan. Impressionnant. Plus fort que Sarko au Zénith. Quel riquiqui ce Sarkozy.

Le show est réglé au poil. Le sénateur de l’Illinois ne parle jamais à la foule directement. Il fixe les caméras placées soigneusement devant lui à une vingtaine de mètres. Un autre pool de journalistes est situé à la sortie de l’estrade, là où nous sommes. Pas de possibilité de l’approcher plus près, sauf autorisation de son staff.

Sur scène, le tribun tape là où ça fait mal. La crise financière trouve ici un écho particulier. L’Etat du Michigan est très touché par les saisies de maisons (70 000 recensées jusqu’à présent). Le taux de chômage est le plus élevé des Etats-Unis. Obama, qui a pourtant voté le plan Paulson, justifie son choix, en bon politique qu’il est : « Quand Main Street (NDLR : le peuple) se bat pour ses droits, ce n’est pas contre Wall Street, mais pour une seule Amérique ». Discours unificateur, rassembleur, du déjà vu chez Obama, une rhétorique bien rodée chez lui.

Extrait du discours. Attention expérience radiophonique garantie, du son pris comme ça à la sauvette. Ou plutôt à l’arrachette.

Obama fait dans les promesses tout spécialement pour son auditoire. Faire en sorte que les jeunes restent sur l’assurance-maladie de leur parent jusqu’à leur 25 ans. Etc. Le show dure à peine trois quarts d’heure. Il repart comme il est arrivé, avec quelques petits bains de foule en plus. Bon, on a vu Obama. Prochaine étape : lui parler, lui demander : « Eh Barack, what’s up? Will you kick Mc Cain’s ass? »

Nous repartons. Envie de faire du Bruce Gilden de chez Magnum. Cliquez sur la vidéo pour apprécier la méthode utilisée avec les supporters d’Obama, quatre portraits sur ce blog, juste en-dessous de cette vidéo.

Sans comparaison bien sûr, mais c’est étonnant de voir cette sorte de fébrilité post-coït-politique. Les gens flottaient. Rien ne les effrayait, contrairement aux passants New-Yorkais saisis, cuits par le photographe de Magnum. Aucune peur alors que l’objectif était à trente centimètres environ de leur visage. Une seule réaction : un couple de policiers a menacé d’embarquer l’un de ses coblogueurs, à vous de deviner lequel.

Les coulisses de ce reportage : voir Obama a tenu du miracle. Article sur internet lu en fin de matinée, le sénateur parle aujourd’hui sur le campus de la State University du Michigan. Clic, clic, google map, c’est à une centaine de miles de chez nous. Il est midi, c’est prévu pour l’après-midi. Pas d’heure précisée. On déboule illico dans Dodo la Dodge, espérons qu’elle ne fasse pas des siennes avec la dernière vitesse (on ne sait toujours pas s’il y en a quatre ou cinq). Après quelques frayeurs sur l’autoroute, et quelques litres d’essence grillés trop vite, on arrive à East Lansing, là où se trouve l’université. Le staff média d’Obama voit débarquer deux Frenchies qui ne sont même pas enregistrés. Notre coup de bol : le chef est Francophone, il nous kiffe, et nous lâche en voyant carte de presse et accréditation « Ok, ça me va ». Ouais, nous aussi ça nous va coco. Tout excités, on file vers la foule, ou plutôt l’espace qui nous est réservé. Et bim on y était.